Mais avant même de s’ouvrir, avant que les premiers visiteurs y pénètrent, le LAC est déjà une machine à transformer la vie quotidienne des Luganais. Nouveaux espaces, nouveaux parcours, nouvelles visions urbaines remodelant un coin de la ville qui apparaît comme un millefeuille de temporalités. Strate médiévale, pour commencer: elle date de la fin du XVe siècle et s’incarne dans le couvent jouxtant l’église Santa Maria degli Angioli. Le monastère fut partiellement avalé au milieu du XIXe siècle pour bâtir le vaisseau amiral du tourisme luganais, le Grand Hotel Palace: un établissement peuplé pendant un siècle par une faune cosmopolite, parée de plumes et de queues-de-pie, qui, comme le rappelle un ancien employé dans un sujet diffusé par la TV tessinoise en 1981, vivait sans demeure fixe, se déplaçant d’un hôtel à l’autre, «pour ne pas payer d’impôts».

L’hôtel brilla, ferma en 1969, brûla en 1993, croupit sous la suie et les gravats, passa de main en main, fut racheté en 1994 par la municipalité, laquelle le revendit dix ans plus tard pour contribuer au financement du LAC. Devant les volumes reconvertis en appartements de luxe, les façades de l’ancien palace (qui n’ont à vrai dire rien de spécial) ont été rendues intouchables par un élan d’affection publique et par un vote populaire. L’une d’entre elles borde le LAC. «Il s’agissait pour moi de décider si j’allais aimer ou rejeter cet élément. J’ai choisi de l’aimer, de composer avec sa présence et de faire s’élever le LAC à la même hauteur», explique l’architecte Ivano Gianola, figure de l’«Ecole tessinoise» d’architecture, vainqueur du concours organisé en 2001.

Mais bien avant tout cela, surgi quelque part entre le trias et la dernière glaciation, l’élément le plus ancien qui définit le lieu est le paysage environnant. «Le lac, c’est le plus beau plancher qu’on puisse imaginer. J’ai voulu poser le LAC dans sa continuité», reprend l’architecte. Le cœur du centre culturel est ainsi une esplanade qui prolonge la surface lacustre. Cette nouvelle place publique – désormais la plus grande de la ville – se prolonge à son tour dans le vaste hall d’entrée, qui distribue les accès aux salles et qui fera bientôt office de rue couverte. «On pourra descendre depuis la gare CFF, prendre le chemin en escalier – la scalinata degli Angioli –, se promener dans le parc à l’arrière, traverser le hall, boire un café, sortir dans la ville. Ou vice versa», détaille Ivano Gianola. On comptera quelque quinze minutes pour compléter ce parcours à pied.