C’est au cours des années 1970 que les biologistes ont pris conscience de l’importance de ce phénomène dans le règne animal. A cette époque, des travaux montrent que chez de nombreux insectes – abeilles, fourmis et mouches notamment – les femelles se reproduisent souvent avec plusieurs mâles, dont elles sont capables de stocker le sperme pendant quelques jours, voire des mois ou des années, avant de fertiliser leurs œufs. Cette pratique leur permet de mettre en compétition les spermatozoïdes de leurs différents partenaires, afin de ne retenir que les plus efficaces.Depuis, les recherches ont montré que la polyandrie était en fait répandue dans la grande majorité des espèces animales pratiquant la reproduction sexuée, des insectes aux primates, en passant par les grenouilles et même les oiseaux, pourtant souvent cités en exemple de monogamie.

«Des analyses génétiques menées sur la descendance de mésanges bleues, des oiseaux pourtant connus pour former des couples stables, ont ainsi montré que 20 à 40% des petits d’une nichée étaient issus d’un père illégitime», illustre Thierry Lodé, biologiste à l’Université d’Angers en France et auteur du livre La Biodiversité amoureuse.«Seules quelques espèces à forte longévité et qui vivent dans des populations de faible densité, comme l’aigle, ne pratiquent apparemment pas ou peu la polyandrie», précise Tommaso Pizzari, chercheur à l’Université d’Oxford, en Angleterre, qui a coordonné les articles consacrés à ce thème dans les Philosophical Transactions of the Royal Society B.Chez les végétaux, la situation est plus difficile à interpréter. Certes, les analyses menées sur leurs fruits révèlent que la majorité des plantes à fleurs sont fécondées par des pollens issus de différents plants mâles.

Mais il se pourrait que ce phénomène soit subi plutôt que choisi, les plantes exerçant moins de contrôle sur leur reproduction que les animaux, puisqu’elles dépendent du vent ou d’animaux pour leur fertilisation.Certaines adaptations morphologiques observées sur les fleurs suggèrent cependant qu’elles cherchent bien à être fécondées par plusieurs mâles. «Chez la plupart des plantes, la partie de la fleur chargée de réceptionner le pollen, le stigmate, reste réceptive pendant une longue période, permettant l’accumulation de beaucoup plus de pollen que nécessaire pour féconder les ovules», explique John Pannell, de l’Université de Lausanne.L’adaptation à la polyandrie est encore plus manifeste chez une espèce comme l’anémone du Canada, chez qui le pollen n’est pas autorisé à pénétrer dans le stigmate avant qu’il s’y soit accumulé en grande quantité.